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    January 28

    Pour notre Mère la Terre

    Paroles de paix et de sagesse  ...  
    ... pour l'unité entre les hommes,
    les animaux, la nature, la  Terre
    et la Vie sous toutes ses formes.

     

    Discours prononcé en 1875 - Sitting Bull

    «Voyez Mes frères, le printemps est venu ; la terre a reçu l'étreinte du soleil, et nous verrons bientôt les fruits de cet amour! Chaque graine s'éveille et de même chaque animal prend vie. C'est à ce mystérieux pouvoir que nous devons nous aussi notre existence ; c'est pourquoi nous concédons à nos voisins, même à nos voisins animaux, le même droit qu'à nous d'habiter cette terre. Pourtant, écoutez-moi, vous tous, nous avons maintenant affaire à une autre race, petite faible quand nos pères l'on rencontrée pour la première fois, mais aujourd'hui grande et arrogante. Assez étrangement, ils ont dans l'idée de cultiver le sol et l'amour de posséder est chez eux une maladie. Ces gens-là ont établi beaucoup de règles que les riches peuvent briser mais non les pauvres. Ils prélèvent des taxes sur les pauvres et les faibles pour entretenir les riches qui gouvernent. Ils revendiquent notre mère à tous, la terre, pour leur propres usages et se barricadent contre leurs voisins ; ils la défigurent avec leurs constructions et leurs ordures. Cette nation est pareille à un torrent de neige fondue qui sort de son lit et détruit tout sur son passage.

     

    Tatanga  Mani, indien stoney.

     

    " Nous voyions la main du Grand Esprit dans presque tout: soleil, lune, arbres, vent et montagnes. Parfois, nous l'approchions à travers toutes ces choses.
    Était- ce si mal? Je pense que nous croyons sincèrement en l'Être suprême. ...
    Les hommes qui vivent près de la nature et du maître  de la nature ne vivent pas dans l'obscurité."

    Zitkala-Sa

    "Quand j'était un petit enfant dans un monde merveilleux, je préférais part rapport à leur dogme, mes excursions dans des jardins naturels où on entends la voix du Grand Esprit dans le chant des oiseaux, dans le ruissellement de puissants cours d'eaux, et dans l'odeur agréable des fleurs. Si çà c'est du Paganisme, alors oui, finalement.....je suis un Pagan."

    Ohiyesa

     

    Au commencement fut créée la Terre. Puis elle fut recouverte de terre et d'eau. Les montagnes, l'herbe et les arbres furent créés. Les animaux, les oiseaux, les poissons et les insectes furent crées pour peupler ce vaste monde vide. Finalement l'homme et la femme furent créés pour vivre en harmonie et en paix avec tout ce qui avait été créé avant eux.

    Le silence est l’équilibre absolu du corps, de l’esprit et de l’âme. L’homme qui préserve l’unité de son être reste à jamais calme et inébranlable devant les tempêtes de l’existence - pas une feuille qui bouge sur l’arbre, pas une ride à la surface étincelante du lac – voilà, aux yeux du sage illettré, l’attitude idéale et la meilleure conduite de vie.

    Si vous lui demandez : « Qu’est-ce que le silence ? », il répondra : « C’est le Grand Mystère ! » « Le silence sacré est Sa voix »

    Si vous demandez : « Quels sont les fruits du silence ? », il dira : « C’est la maitrise de soi, le courage vrai ou l’endurance, la patience, la dignité et le respect. Le silence est la pierre d’angle du caractère ».

     

    A l'origine de toutes les religions, on retrouve le même respect pour la terre, la nature et les animaux.
    Jamais une religion ne prêchera que l'homme est égal à Dieu et doit dominer la nature.
    La soumission à la nature est commune à toutes les civilisations.

    Tout autour d'eux la nature s'offrait en spectacle,  les Indiens surent la respecter et l'aimer.
    Ils surent l'écouter avec assez d'humilité pour découvrir les liens qui unissent les animaux, les hommes et les plantes. 
    " Les Indiens vivaient en communion et un profond respect avec la nature. Pour eux, l'esprit de la Vie s'écoulait dans les arbres, dans les plantes, dans les fleurs, dans les animaux.
    C'est ce que les Catholiques ont voulu détruire. Cette conscience élevée de l'unité de la vie entre les hommes, la nature et les animaux. Notre peuple a été détruit et martyrisé au- delà de la limite. Un véritable holocauste

     



    January 24

    LeS sIgNeS (fin) Peintures & Plumes

     

     

    Les peintures

     Les Peaux-Rouges découvrirent: dans la nature qui les environnait d'innombrables produits naturels qui leur permirent de faire des peintures.

    Ils trouvèrent une argile d’une extrême finesse contenant différents oxydes de fer. Ils la mélangèrent avec de la graisse ou du suif de buffalo, créant ainsi une pommade dont ils se servaient pour tracer sur leurs visages et leurs corps des signes divers.

    Les Sioux employaient pour le même usage une substance jaune et dure provenant de la poche à fiel du bison. Celle-ci était considérée comme une peinture-médicine. Ils utilisaient habituellement un fruit appelé bullberro et des plantes telles Que le sumac de la famille des vinaigriers. Des fleurs, des bai, des écorces et d'autres végétaux, écrasés dans des mortiers et malaxés, servaient à faire des peintures ou à colorer celles-ci.

    Le plus souvent, les Indiens appliquaient les peintures sur leurs visages ou différentes parties de leur corps avec leurs doigts. Quelquefois, ils les étendaient en se servant de brosses ou de bâtonnets qu'ils détruisaient après s'en être servi.

    Les indiens des plaines employaient un os spongieux pro­venant de la rotule d'un bison qui conservait la teinture exactement comme un stylographe retient l'encre aujourd'hui.

    Les peaux-Rouges se peignaient le corps pour être admirés ou pour faire peur à leurs ennemis au cours des combats. Quelquefois, ils le faisaient pour se déguiser ou s'amuser, pour se protéger aussi contre le vent, les insectes et les brûlures du soleil. Ils se peignaient également pour paraître certaines cérémonies et pour exécuter des danses.

                                                     
    Ie rouge, couleur sacrée des guerriers

     Sans aucun doute, les Indiens furent appelés des Peaux-Rouges parce que les premiers hommes blancs qui les rencontrèrent les virent avec le visage et le corps recouverts de peintures rouges.

    Le rouge était la couleur sacrée. Il était employé par les guerriers pour devenir forts et invincibles. C'est pour cette raison que cette couleur était courante lors des danses et quand la  tribu partait en guerre.

    Le rouge était peint sur le poney de guerre, la lance, et tous les accessoires de combat et de cérémonie.

    On pourrait croire que les couleurs étaient choisies au gré du sujet, pour satisfaire ses caprices. En réalité, l'homme devait se soumettre à des règles bien établies. Non seulement les couleurs mais aussi le motif, avaient une signification bien précise.

    De toutes façons, quand un Peau-Rouge avait constaté qu'une certaine couleur lui avait porté chance, celle-ci devenait une «  bonne médicine »  et il continuait à s'en servir en délaissant toutes les autres qu'il considérait alors comme n'ayant aucun pouvoir.

                                                                                       
    La signification des couleurs

     Les sens des couleurs variaient d'une tribu à une autre. Telle teinte bénéfique ici était plus loin tenue pour maléfique.

    Les couleurs de guerre étaient les préférées des Indiens des plaines.

    Le plus souvent, le blanc symbolisait le deuil et le noir la joie, tandis que le rouge évoquait le bonheur et la beauté.

    Les Cheyennes traçaient  des cercles et des raies de diffé­rentes couleurs quand ils partaient au combat, mais à leur retour ils s’enduisaient de noir pour exprimer leur joie d'être revenus sains et saufs.

    Les Cherokees considéraient  le rouge comme la couleur du succès et du triomphe, le bleu comme celle de la défaite et des ennuis. Pour eux,  le noir c'était la mort et le blanc la paix et le bonheur.

    Les femmes indiennes employaient elles aussi les teintures, mais pour souligner leur beauté.

    Les peintures n’étaient pas seulement destinées au corps et au visage. Elles étaient aussi utilisées pour décorer le tipi ou le wigwam, les totems, les parflèches, les robes des femmes, les tuniques des hommes, les  ornements employés au cours de diverses cérémonies.

     Sur la piste, des marques en rouge étaient appliquées sur les rochers, les troncs des arbres et  d'autres objets pour signaler que ceux qui les avaient tracées devaient être respectés.

    Avant une rencontre guerrière, les poneys étaient  peints eux aussi.

    Quand les indiens, exécutant une peinture sur une peau de buffalo, voulait montrer un homme blessé, la blessure était couleur rouge sang et indiquée à l’endroit où elle avait été portée.

                                                      
    Le tatouage

     Certains Indiens avaient l'habitude de marquer sur leur peau des signes en se servant d'aiguilles trempées dans des couleurs indélébiles. C'était là un véritable tatouage qui ne s'en allait pas après un simple lavage et qui demeurait définitivement.

    Cette coutume était en usage chez les Séminoles, les Creeks, les Cherokees et dans d’autres tribus du Sud des  États-Unis.

     Un garçon était ainsi marqué lorsqu'il recevait un nom et l'on recommençait lorsqu'il devenait guerrier.

    Les Wichitas se tatouaient très souvent et à la moindre occasion se couvraient le corps et les membres de motifs décoratifs. Les Kiowas traçaient un cercle sur le front de leurs compagnes, comme une marque tribale.

    Les Omahas dessinaient un rond très petit sur la nuque des filles et si le père ou l'un de ses proches parents mâles avaient fait une action de bravoure, la fillette était tatouée dans le dos d'une étoile à quatre branches pour perpétuer l'événement.

    Chez les Osages, le gardien de la pipe sacrée portait un tatouage signalant qu'il avait été courageux à la guerre et qu'il avait abattu des ennemis. Ces tatouages étaient indiffé­remment dessinés dans le dos ou sur la poitrine.

    Les Huppas de la Trinity river en Californie portaient dix lignes tracées sur le bras gauche, symbolisant les fils qui retenaient les coquillages servant de monnaie.

    Quelquefois, les Chippeways avaient recours aux tatouages pour soulager des douleurs, particulièrement lorsqu'ils souffraient de maux de dents. De l'acupuncture, en quelque sorte.

     Les guerriers mandans portaient deux bandes noires sur le côté gauche et sur le bras.

    Une fille eskimo devenue adulte avait une ligne tatouée au bord de la lèvre inférieure. Lorsqu'elle convolait, une seconde ligne était ajoutée.

    Les hommes de cette même famille, lorsqu'ils avaient lutté courageusement contre les baleines, signalaient celles dont ils étaient venus à bout en portant des marques tatouées sur leurs joues, leurs bras et leur poitrine.

    Ces tatouages étaient faits avec des aiguilles en acier, des silex aiguisés en pointe, ou encore des piquants de cactus. Ceux-ci étaient parfois groupés, formant ainsi une brosse.

    L'encre était le plus souvent faite avec du charbon de bois  celui provenant du sureau était le plus apprécié que l'on délayait dans de l'eau. Parfois, on se servait de sucs de plantes et d'essences végétales ayant longtemps macéré dans de l'eau.

     L'opération du tatouage était très longue et des plus douloureuses. Les patients  la supportaient avec résignation, ne laissant échapper aucune plainte, ne laissant apparaître leur visage aucune expression de souffrance. Des cloques souvent apparaissaient et pendant plusieurs jours l’homme était en proie à une fièvre intense, mais il subissait son  martyre avec résignation.

     

    Le langage des plumes

     Chaque tribu avait son propre modèle de coiffure. Elles étaient dans leur ensemble très variées, depuis le bonnet de guerre des Sioux jusqu'au simple turban en peau des Iroquois.

    Certaines de ces coiffes précisaient la personnalité et le  rang de son propriétaire.

    Chez les Indiens des forêts et des lacs, qui en général se rasaient le crâne, la coiffure ne retombait pas en arrière et s'arrêtait à la nuque. Les plumes de dindon, de héron et de grue étaient tout aussi utilisées que celles de l'aigle.

    Dans ces tribus de l'Est des États-Unis, les plus belles coiffes étaient en piquants de porc-épic.

    La plus pittoresque et aussi la plus connue était celle des Indiens dakotas, qui fut imaginée par les Mandans et portée ensuite par les Hidastas ou Gros-Ventres.

    Chaque plume de cette coiffe a sa signification et sa raison d'être. Chacune en effet rappelle un exploit du propriétaire de la coiffe.

    Ainsi, une plume avec une tache rouge à l'extrémité rappelait la mort d'un ennemi tué au combat. Si, au même endroit, la plume était coupée, cela signifiait que l'adversaire avait eu la gorge tranchée.

    Plusieurs entailles, en différents endroits de la plume, précisaient que le guerrier avait été deuxième, troisième ou quatrième au combat, tandis que le bord était réduit d’importance pour  le cinquième. Une plume fendue indiquait que le guerrier avait été blessé au cours de la rencontre.

    Chez les Hidastas ou Gros-Ventres, du Missouri, le premier guerrier, qui s'approchait de l'ennemi, et en tuait un, méritait une plume d'aigle ornée d'une touffe de crins de cheval; le deuxième à accomplir le même exploit recevait une plume ornée une barre rouge, le troisième avait droit à deux barres et le quatrième à trois.

    Les hommes blessés avaient droit à une plume avec une bande de piquants de porc-épic.

    Les Omahas recevaient en témoignage de leur intrépidité un bandeau fait avec la queue d'un jeune daim agrémentée quelques plumes prises sur la nuque d'un dindon et peintes en rouge pour préciser que le possesseur avait été le premier à mériter cette distinction.

    Les Sauks et les Foxs, eux aussi, avaient le même bandeau en peau de daim. Les Cheyennes, au cours de certaines cérémonies­, portaient des coiffes faites en peaux de bison agrémentées de chaque côté par les cornes de l'animal. C'était la aussi la coiffure préférée des medicine-men.

    Les Blackfeet et les autres tribus indiennes du Nord portaie­nt en hiver pour se protéger de la neige, une coiffe épaisse en fourrure faite avec des dépouilles de coyotes, de loutres ou de blaireau.

    Un bonnet identique était porté par les Omahas, les Osages et les Poncas de l'Indian Territory. Il était décoré de motifs en piquants de porc-épic de différentes couleurs.

    Les Indiens de l'Est, et particulièrement les Iroquois, portaient des coiffures faites de peaux d'animaux, avec parfois sur le côté quelques plumes formant un bouquet.

    Un de ces bonnets appelé gustoweh ou le véritable chapeau était utilisé pour les cérémonies. Il avait, sur le sommet, plusieurs cercles de petites plumes et au centre une plume d'aigle.

    Les Apaches se contentaient le plus souvent d'un simple bandeau d'étoffe dont la couleur précisait l'importance du guerrier. Ce bandeau servait surtout à retenir les cheveux restés libres, coupés à la hauteur des épaules et formant frange sur le front.

      

     

    January 18

    Le secret du calumet

    « Mes histoires touchent à leur fin,» dit le calumet, rompant le profond silence qui avait suivie ses dernières paroles.

    « Pourquoi?» s'enquit le petit garçon, inquiet. «Vous ne m'avez encore rien raconté de la lutte des Indiens contre les Visages Pâles. »

    «Je ne me souviens que des histoires que j'ai entendues autour du feu de camp, alors que la paix régnait déjà en pays indien. Les bateaux des Visages Pâles ne devaient les amener que bien des années plus tard. Dès lors, cette région paisible où la montagne rejoint la prairie et où la forêt enneigée touche au désert aride, et même cet endroit tranquille où je veillais sur  le feu de camp, tout fut bouleversé. Des centaines d'Indiens passaient par ici, en fuyant vers l'Ouest. Un jour, je compris pourquoi ils s'enfuyaient ainsi: un nuage de poussière  rouge s'était levé à l'horizon. Cette fois, il ne s'agissait pas d'un troupeau de bisons, comme j’en avais vu déferler tant au cours de ma vie. C'étaient des soldats, montés sur de grands chevaux. L'armée des Visages Pâles! Ils déferlèrent comme une tornade, en se parlant en une langue que je ne comprenais pas. Puis il se passa, quelque chose de plus étrange encore, à mes yeux: un Indien sortit de la forêt voisine. Je voulais lui crier de chasser ces intrus, mais avant que j'aie le temps de le faire, l'un des cavaliers stoppa son cheval. Il plaça une sorte de canne devant son visage, comme pour viser. Et c'est alors qu'une chose terrible se déroula devant moi. Une langue de feu sortit de la canne, accompagnée d'un bruit assourdissant. A l'orée de la forêt, l’Indien était étendu, raide mort. »

    « C'était un fusil, c'est sûr! » s'écria le petit garçon.

    «Oui. Je l'ai appris par la suite. Après ce Pénible incident, je n'ai plus revu d'Indiens, durant très longtemps. Leur camp avait été détruit, et je pensais bien ne plus Jamais voir se rallumer leur feu.

    Je me trompais. Une nuit, il faisait un brouillard épais, je fus réveillé par une lueur familière. Des voix parlaient une langue que je comprenais. Quelques Indiens étaient assis autour du feu, et discutaient. L'un d'entre eux me découvrit, et dit à ses compagnons: Voyez, un calumet! Sans doute est-ce Manitou qui nous l'envoie. Emportons-le.

    Les Indiens m'ont emmené, et c'est alors que m'est arrivée ma grande aventure. .. »

    « Oh ! Racontez-la! » Supplia le petit garçon.

    Le calumet avait fait une pause, il paraissait plongé dans les souvenirs.

    « Si je le fais, c'en sera fini de moi, je serai réduit en cendre. J'aurai confié à un être humain mon plus grand secret. Mais je  t'ai raconté toutes les autres histoires d'Indiens que je connais. A ton tour, tu vas les raconter aux autres enfants, j'en suis sûr. C'est pourquoi je te prie de bien écouter la toute dernière histoire.

    Les Indiens m'emportaient, partout où ils allaient. Ces voyages n'avaient rien d'agréable, car la Mort les guettait en tout endroit, la Mort, crachée par les longs fusils des Visages Pâles.

    Les Indiens avaient faim et froid, ils n'avaient pas le temps de se livrer à la chasse, ni ne pouvaient allumer de feux pour ne pas trahir leur présence par la fumée. Les femmes et les enfants mouraient, comme étaient morts les plus valeureux d'entre les guerriers, Œil de Faucon, Flèche Siff1ante, Nuage Rouge, Mocassin Silencieux, et tant et tant d'autres!

    Un jour, je me dis que les Indiens, épuisés, étaient arrivés au bout de leur existence. De hautes -montagnes à pic se dressaient devant eux, inabordables. Tout autour, des soldats blancs, le doigt sur la gâchette de leurs fusils braqués, faisaient un cercle si serré que pas une souris n'eût pu espérer s’y faufiler.

    Lorsque, cette nuit-là, la Lune éclaira les visages des Peaux-Rouges, leur chef Dernière Fumée se redressa pour leur adresser ce discours:

    - Ce soir, un soleil sanglant s'est couché derrière la montagne. Je crains que ce ne soit  un mauvais présage. Manitou a voulu nous annoncer que demain nous livrerons notre dernier combat, et que nous succomberons.

    Nous savons que nous avons le bon droit pour nous. Nous allons nous battre pour notre pays à nous, les Indiens, contre les Visages Pâles qui veulent nous le prendre et nous priver de notre liberté.

    Hélas, notre bon droit ne nous a guère aidés jusqu'à présent. Nous avions accueilli les Visages Pâles comme des frères, et eux, ils ont payé notre hospitalité avec l'eau de feu qui trouble les idées, avec des maladies qui ont ravagé des villages et des camps entiers. Mais, après cela le pire devait encore arriver. Les Visages Pâles ont entrepris de nous voler les ter­rains de chasse, qui étaient nôtres depuis des temps immémoriaux: Ils nous ont repoussés d'une région à l'autre, et nous sommes sans défense devant leurs armes. Maintenant, ô mes frères,   ne reculons pas davantage! Si nous devons mourir, que ce soit demain, en luttant d'homme à homme. J'ai cependant un gros chagrin: qu'adviendra-t-il de nos femmes, de nos enfants? Nos ennemis n'épargneront pas leurs vies. Peut-être devrions-nous rendre, dans l'espoir que le cœur des hommes blancs s'attendrisse devant un peuple sans défense et impuissant?

    Quand le chef eut fini de parler, un Indien du nom de Grand Eclaireur se leva et dit:

                                                               
    J'ai éprouvé une grande peine à entendre les paroles de notre chef, Dernière Fumée, mais elles sont pleines de sagesse. C'est vrai que nos corps sont las d'errer sans fin, et que nos âmes sont pleines de tristesse à la pensée de ne plus jamais retourner au pays  de  nos aïeux, notre patrie.

    Dernière Fumée a dit à juste titre que nous sommes encore libres. Il nous invite à aller au combat demain. Nous savons à quel point la lutte serait inégale. Mais nous fier à la merci des Visages Pâles, jeter nos armes? Non - cela équivaudrait à accepter de passer le reste de nos jours dans leurs grandes maisons de pierre qu'ils appellent des prisons. J'ai moi­ même été enfermé dans l'un de ces forts, à plusieurs reprises. Grâce à mes mocassins silen­cieux, je suis  toujours parvenu à me faufiler entre les gardiens et à regagner ma liberté.

    Alors, je vous le demande, pourquoi ne pas agir de même maintenant? Au cours de ma vie j’ai parcouru tout le pays indien, j'en connais les moindres recoins. Cet endroit-ci ne fait pas exception. Je sais un passage secret, par lequel nous pouvons échapper aux Visages Pâles.   Je vous mènerai hors de l'encerclement. Ensuite, nous irons, dans ce pays qui est le nôtre,  jusqu'à ce que nous y trouvions un coin d'où plus personne ne pourra nous déloger.

    Howgh !

    Le discours de Grand Eclaireur avait fait forte impression. Et cette nuit-là, dès que la Lune  se fut cachée derrière la crête des montagnes, les Indiens pourchassés quittèrent les lieux en passant à, travers les mailles du filet tendu par les Visages Pâles, suivant le passage secret indiqué par Grand Eclaireur.

    Je me rappelle comment je me suis retrouvé dans un canot, les Indiens avaient enfin atteint la Vieille Rivière dont maintenant ils descendaient le courant, dans la direction du Sud. Malheureusement, ils n'avaient pas encore découvert les terrains de chasse où ils eussent pu s'établir et vivre en paix. Les Visages Pâles les pourchassaient, partout, et ce n'est que grâce à la finesse et à la connaissance du pays de Grand Eclaireur, qu'ils étaient parvenus jusqu'alors à échapper. Souvent, il semblait que ce fût par miracle. Ils traversèrent ainsi tout le Sud, puis, par-delà le Pays des Neiges, par la région des gorgés et des lacs, ils s'arrê­tèrent auprès des Chutes Grondantes. Dans toutes leurs tribulations, ils ne s'étaient jamais séparés de moi. Les années avaient passé, mais même alors les ennemis ne les laissaient pas tranquilles, et les talonnaient sans répit. Il y avait de plus en plus de Visages Pâles, dans le pays, tandis que les feux indiens s'éteignaient les uns après les autres. Manitou seul sait combien j'ai vu se vider de campements ces années-là, combien de totems déracinés, de foyers dispersés. Seul Manitou sait comment Grand Eclaireur, à la tête d'une poignée de braves Indiens, chercha inlassablement un endroit où l'homme blanc n'aurait pas encore mis Pied.

    Parfois, il croyait avoir réussi. Sous son commandement, ses braves Indiens avaient remporté la fameuse bataille de la Crique Perdu, ils avaient alors pu se fixer en cet endroit et y vivre en paix. Cela ne dura que quelques mois. Une fois de Plus, le son des trompettes, ce son trop bien connu, les obligea à quitter les lieux.

    Leur route les menait inéluctablement au Pays des Ombres, d'où leurs ancêtres les appe­laient, les uns après les autres.

    C'est ainsi qu'il arriva que Grand Eclaireur ferma les yeux à Dernière Fumée, et pour­suivit seul la route sans fin. Tout ce qui lui restait, c'était ses flèches, son arc, et moi-même.

    Je revis les lacs, les rivières, et  la prairie illimitée. Alors, Grand Eclaireur se retrouva, une fois encore, là où la montagne rejoint la prairie et où la forêt enneigée touche au désert aride et brûlant. »

    Le calumet s'était tu.

    « Et là ? » demanda le petit garçon.

    « Et là, Grand Eclaireur me laissa. Avant de me quitter, il me dit:

    - Je vais errer par le pays indien jusqu'à la fin du monde, à la recherche d'un endroit où les Peaux-Rouges pourront vivre dans la paix et le bonheur. Quand je l'aurai découvert, je le dirai aux arbres de la forêt, à l'herbe de la prairie, à l'eau des rivières et des lacs, aux pierres des montagnes et des vallées, au Soleil et à la Nuit, aux étoiles, aux nuages, au vent, et je les prierai de transmettre mon message à mon peuple.

    Howgh !

    Sur ce dernier adieu, le calumet se dissipa dans une bouffée de fumée. Le petit garçon bondit vers la table. Mais à place du calumet, il ne vit plus qu’une pincée de cendre rougeâtre, à la lueur du feu.

    « Ainsi, - c'était le secret du calumet sacré!» chuchota-t-il., en pensant aux dernières paroles  du calumet.

    Prenant sa boîte aux trésors, il y rangea soigneusement toute la cendre qui restait. Tout en tenant dans ses doigts les précieuses petites particules, il avait l'impression que chacune d'elles lui redisait l'une des légendes que lui avait racontées le calumet magique, au cours des trois veillées qui venaient de s'écouler.

     

    January 13

    LeS sIgNeS (1er partie)

    Les Indiens des États-Unis avaient cinquante-huit langages et plus de mille dialectes. Il arrivait souvent qu'un Peau-Rouge se rendant dans une tribu voisine ne fût pas compris lorsqu'il parlait son propre dialecte. Il lui était difficile de communiquer avec ses hôtes car il employait des mots connus seulement de ses proches et de ses compagnons de tous les jours.

    Certains langages étaient agréables à entendre, comme ceux des Sioux et des Dakotas; d'autres, comme celui des Chinooks, étaient rudes et discordants.

    Les Indiens ignoraient l'écriture. Il n'existe aujourd'hui aucun témoignage précis de leur façon de parler d'autrefois.

    L'Indien étant avant tout un homme indépendant, il ne voulait pas s'imposer le devoir d'apprendre les dialectes de ses voisins. Les Cheyennes et les Arapahoes qui vivaient côte à côte et se rencontraient continuellement ne connaissaient pas leurs langages réciproques et devaient pour se comprendre recourir aux signes.

    A côté de ces signes, dont il sera question plus loin, certains Indiens communiquaient d'un clan à l'autre par ce qui était communément appelé « le langage du commerce ». Ainsi étaient employés, dans le Nord-Ouest, le « jargon chinook » , les dialectes chocktaw, chicasaw, et le langage mobile dans le Sud, et dans le Nord-Est celui des Comanches.

    On crut pendant un temps que le langage indien n'avait aucune structure établie, mais on finit par se rendre compte que la plupart des tribus se servaient comme nous de noms, de verbes et d'adjectifs, et que les phrases étaient construites selon des règles bien définies.

                                         
    Une grammaire très compliquée

     La grammaire indienne était extrêmement compliquée et les vocabulaires de nombreux langages très riches.

    Après avoir longuement étudié trois de ces langages, les savants du Smithsonian Institute ont précisé que l'un compre­nait sept mille mots, le deuxième onze mille, et le dernier dix-neuf mille.

    Or, la langue britannique, qui était celle employée géné­ralement par les Visages Pâles visitant ces tribus, était riche de plus de cent trente mille mots, mais dont seulement dix mille étaient le plus souvent utilisés.

    Pour parler, les Indiens assemblaient plusieurs idées en un seul mot. Quelquefois, un seul son voulait dire une phrase complète. Des verbes pouvaient être employés pour former avec un seul mot plusieurs centaines d'expressions différentes.

    Il n'y avait pas de pronom personnel, aussi, lorsque les Peaux-Rouges se mirent à apprendre l’anglais, pouvaient-ils fort bien appeler leurs squaws « ils ». Chez eux, il y avait des mots « mâles» et des mots « femelles », et certains langages comportaient plusieurs pluriels, l'un relatif à un détail bien précis, les autres à de très nombreuses évocations.

    Les Eskimos avaient douze mots différents pour désigner le phoque. Les Papagos ou Pimas de la Gila Valley en Arizona étaient par contre fort embarrassés lorsqu'on leur désignait une flèche. Ils n'avaient aucun mot pour la définir.

     Langages secrets pour initiés

    Certains des savants qui se penchèrent sur le langage indien assurent que les Peaux-Rouges se servaient de mots spéciaux au cours des councils en ajoutant parfois des syllabes. Quant au medicine-man, il employait un langage bien à lui pour ses chants et ses incantations, afin de ne pas être compris de l'assistance.

     Le langage spécial des femmes

     Les femmes aussi sont supposées avoir eu une façon bien à elles de prononcer les mots, en les déformant quelque peu.

    Il est certain que dans certaines tribus de Californie, hommes et femmes parlaient des dialectes différents et les premiers utilisaient le « langage des femmes» pour s'adresser à leurs compagnes. La différence était insignifiante, minime, Les femmes employaient des mots plus courts. Ainsi, pour dire « quelqu'un », elles disaient ya, alors que leurs maris disaient yana. Les hommes désignaient l'eau par hana, les femmes par ha. La plupart des tribus indiennes n'a_nicut aucun mot pour désigner les choses abstraites telles qu'amour, vérité, esprit et âme. Ils disaient que « leur cœur devenait chaud» pour exprimer qu'ils étaient contents. Un homme «au grand cœur» était un homme courageux. Pour eux le Visage Pâle était, parce qu'il écrivait, « l'homme qui entend avec ses yeux », ou « le discours peint », ou encore « le papier qui parle ».

    Aujourd'hui, deux cent cinquante langages et dialectes sont encore parlés par les Indiens. Les Navajos et les Sioux ont maintenant leurs propres alphabets et écritures, comme ­les Cherokees au temps de Séquoya.

                                                                              
    Les signes dessinés

     Les  Indiens conservaient les témoignages de certains événements en dessinant ou peignant des signes symboliques sur des peaux de daim ou de bison ou même sur des écorces.

    Ce genre d'écriture était pour l’homme une façon de manifester sa pensée. En effet, en quelques traits Naifs il précisait ce qui avait retenu son attention et ce qu'il lait vraiment à dire.Avec le temps, les Peaux-Rouges devinrent plus habiles et  leurs dessins constituèrent de véritables symboles, lesquels, assemblés et groupés, pouvaient définir une idée.

    Les couleurs avaient également leur importance et leur assemblage, leur succession permettaient à l'Indien de conter une histoire.

    Les Indiens appelaient les Blancs « le discours peint » parce que c'était pour eux la seule façon de considérer les dessins écrits. Lorsqu'ils connurent les Visages Pâles, ils comprirent qu'ils avaient eux aussi une façon d'écrire et que leurs dessins comme les lettres avaient un certain sens.


    Certains témoignages fort curieux et des plus intéressants sont venus jusqu'à nous. Citons le Walam-Opum des Delawares, des peaux de buffalos sur lesquelles Sitting Bull en traçant des signes relata certains épisodes importants de sa vie, un rapport de la Great Medicine Society des Indiens Alonquins, et des calendriers kiowas et dakotas,
       

     

                                                                          

    Les signes manuels

     Le langage par signes manuels était d'un usage courant chez les Indiens, Il permettait à toutes les tribus de se comprendre même si elles vivaient très éloignées l'une de l'autre. Ainsi, les Peaux-Rouges des plaines pouvaient communiquer avec ceux vivant dans la région des Grands Lacs, bien que ne connaissant pas un seul mot de leur langage.

    Ce langage par signes manuels a une certaine ressemblance avec celui des sourds-muets, avec cette seule différence que les l’Indiens, n'ayant aucun alphabet, ne pouvaient exprimer des mots et qu'ils se contentaient de symboliser ainsi leurs pensées.

    Le langage par signes est originaire des vastes prairies de l'Ouest ou les buffalos abondaient. Les hommes de diverses tribus s'y retrouvaient souvent par hasard pour chasser. Des la première rencontre, ils échangeaient à une courte distance des signes pour faire connaître s'ils étaient amis ou ennemis.

    Cette façon de communiquer finit par atteindre une telle perfection qu'elle était facilement compréhensible pour tous les Indiens et qu'elle se propagea à travers toutes les tribus. Dans le langage par signes, les Peaux-Rouges utilisaient soit une seule main, soit deux.

     Avec un doigt tendu pointé au ciel vers la position du soleil, il exprimait qu'un certain événement se produirait à un certain moment de la journée. Pour indiquer un jour complet, il pointait un index vers l'Est, le faisait passer au-dessus de sa tête et le dirigeait ensuite vers l'Ouest.

    S'il voulait parler personnellement à un autre Indien, il commençait par se désigner puis il montrait son correspon­dant, après quoi il indiquait l'endroit où ils pouvaient s'en­tretenir sans avoir à craindre les indiscrets et les importuns. Pour désigner un homme, il tenait la main droite fermée, l'index pointé vers le ciel, la paume tournée vers l'extérieur La main partait de la ceinture puis remontait vers la le droite. Pour préciser que c'était un Indien, il fallait ensuite frotter de la main droite le dessus de l'autre main. Ceci indiquait la couleur de la peau. Par contre, si 1'on voulait parler d'un Visage Pâle, il suffisait avec l'index droit tendu de tracer à la hauteur du front une ligne verticale qui symbolise le chapeau.

    La femme était désignée d'un geste de la main droite ramenant des cheveux de chaque côté de la tête en direction du bas, les doigts écartés comme si l'on passait un peigne dans de longs cheveux.

    Un véritable ami, un frère de sang était signalé en plaçant le majeur de la main droite sur les lèvres, puis en touchant la narine droite. Il fallait ensuite montrer quelque chose de rouge pour préciser qu'il s'agissait de sang.

    Si l’on voulait parler d'un canyon, il suffisait de tenir le bras gauche replié en position horizontale,la paume de la vers le sol. Cela représentait la falaise. La main droite, des doigts rapprochés, étant glissée en dessous, symbolisait  les hommes se faufilant dans le défilé.

    Un Indien blackfeet était désigné en touchant d'abord son mocassin puis en frottant son doigt sur quelque chose de noir.

     De même que certains langages étaient agréables à entendre, de même l'exécution de certains signes par des experts était un  plaisir pour les yeux. Le témoin d'un entretien ainsi mené entre un Kiowa et un Cheyenne déclara qu'il y avait trouvé  tant de grâce qu'il considérait cela comme une poésie.

    Les scouts  et mountain-men apprirent, eux aussi, à converser par signes. Un jour, un général désirant parlementer un chef de tribu se fit conduire par un coureur de pistes. Lorsque les trois hommes furent en présence et eurent échangé les salutations d'usage, l'officier pris  place devant le chef indien et l'interprète s'assit entre eux deux. Au bout d'un moment, le général, impatient, agacé par le silence, déclara qu'il aimerait bien commencer l'entretien. Le guide lui dit alors que celui-ci avait débuté depuis longtemps. En effet, dés qu'ils avaient pris place, le moutain-man et son ami peau_rouge avaient échangé de nombreux signes, se communiquant ainsi leurs intentions et leurs impressions.

     

     

    January 05

    Un Ami Fidèle

     

    Bien des hivers avaient passé sur la Vallée Perdue. Bien des fois, Wahu avait observé les bandes d'oies sauvages prenant le chemin du Sud, ou le grondement de tonnerre des milliers de sabots des troupeaux de bisons.

     Le temps impitoyable avait tout emporté sur ses ailes. Il ne restait que les ombres, qui s'allongeaient, silencieuses et sombres, sur le pays entier. Elles seules comprenaient le vieil Indien. C'est avec elles qu'il conversait, le soir, avant que les étoiles ne se lèvent sur le campement.

     Un soir que les ombres étaient encore plus longues, elles lui apportèrent un message du Grand Manitou.

    «Le Grand Esprit t'attend. Prépare-toi au voyage, prépare-toi... » Chuchotaient­ elles. « Fais tes adieux, Wahu, fais tes adieux!»                                       

    « A qui dois-je faire mes adieux? » dit Wahu, un triste sourire sur les lèvres. « Depuis longtemps, mes fils et mes filles se sont dispersés, et les gens d'ici ne seront que trop heureux de me voir partir. »

     Le vieillard se leva et, prenant sa pagaie, il se dirigea à pas lents vers la rivière.

    Une brume d'argent s'élevait de l'eau quand  Wahu y poussa son canot. Rien n'em­pêchait plus le bateau de descendre au fil de l'eau jusqu'aux Terrains de la Chasse Eter­nelle.

     Et pourtant, si le vieil Indien avait jeté un coup d'œil en arrière, il aurait vu une ombre courant tout au long de la berge, les yeux pleins de tristesse.                                             

    Mais Wahu ne voyait rien. Confiant humblement son canot au courant, il était emporté de plus en plus vite. Il allait sans heurt vers les Rapides du Tonnerre. Par-dessus le mugissement des eaux, le chant de la mort de Wahu se fit alors entendre.

     Cependant, l'ombre qui le suivait s'était jetée à la rivière. Elle semblait devoir être emportée dans le tourbillon des vagues mugissantes.

     Wahu descendait de plus en plus, un bruit assourdissant étouffait tout autre son, jusqu'à ce que soudain il se retrouvât dans des eaux calmes, blanches comme le lait.

     « C'est la Rivière Blanche, » pensa-t-il. «Je serai bientôt au terme du voyage. »

     Devant lui, deux rochers formaient un énorme portail, au fond d'une baie ou les vagues ondulaient gentiment dans leur mouvement éternel.

     Le vieux laissa son canot s'échouer sur le rivage blanc, et mit pied terre. A peine avait-il eu le temps de jeter un regard autour de lui que les rochers s'ouvrirent, laissant passage à deux magnifiques guerriers aux coiffures scintillantes comme de l’argent.

     « Nous sommes les gardiens des Terrains de la Chasse Eternelle, » dit le premier guerrier « nous t'attendions.»

     Et le second ajouta: «Mais pourquoi viens-tu tout seul? »

     Il y a bien longtemps que je n'ai plus de compagnon, et d'autant moins pour ce voyage, » répondit Wahu.

    « En ce cas, qui donc te regarde, de la rivière, avec des yeux pleins de tristesse? »

     Wahu se retourna brusquement, pour constater que les yeux les plus fidèles qu'il ait jamais vus étaient attachés sur lui.

     « Oh !  C'est  mon chien! Mon chien! » Murmura-t-il, profondément ému. Descendant alors vers la rivière, il prit dans ses bras son fidèle ami à quatre pattes.

     « Jamais je n'aurais pensé à lui, » dit-il à haute voix.

     « Et pourtant, c'est lui qui t'a le mieux aimé... » Dit la: voix du Grand Esprit, venant de loin.

     C’est ainsi que le vieil Indien et son unique ami entrèrent ensemble dans les Terrains de la Chasse Eternelle, et suivirent le sentier d'où personne n'est jamais revenu.

     

     

    January 02

    L'Aigle

    Pour capturer l'aigle

    Dont les plumes étaient indispensables à toute coiffure de guerre,

     Les Indiens avaient recours à d'ingénieux stratagèmes.

    Se cachant dans un trou camouflé par des branchages.

    Sur lesquels était placé un appât,

    Ils saisissaient promptement le rapace par les serres

    Et engageaient avec lui un combat sans pitié.

      

     

    Comme les anciens, les indiens tenaient l’aigle pour l’emblème de la force et du courage. Ils le craignaient. Certaines tribus le vénéraient, d’autres témoignaient à son égard d’une réelle superstition.

     Les Hopis disaient qu’il était le dieu du ciel, d’autres voyaient  en lui l’incarnation de l’Oiseau-Tonnerre.

     Les extraordinaires facultés de l’aigle, sa vue perçante, sa façon de voler très haut dans le ciel, sa longue existence ont impressionné vivement les indiens, qui ont vu en lui le symbole de l’espoir et de la confiance dans le succès et la victoire.

     La plupart  des Peaux-Rouges étaient convaincue que l’aigle avait crée par l’Etre Suprême, lequel l’avait paré avec magnificence.

     L’Aigle à tête blanche est devenu l’emblème des Etats-Unis. A celui-ci, cependant, les indiens préféraient l’aigle doré ou des montagnes, qui autrefois abondait  dans l'ouest.

                                           

    La chasse à l’aigle est particulièrement dangereuse et ne peut être entreprise que par des hommes entraînés. Certaines tribus n’hésitaient pas à escalader de très hautes montagnes pour aller le capturer jusque dans son aire.

     Les tribus des plaines avaient recours à un stratagème qui exigeait beaucoup d’audace et de maîtrise de soi. Un chasseur prenait place dans une fosse recouverte de branchage sur lesquels   était placé un morceau de viande. Lorsque l'oiseau posait pour s'emparer de l'appât, il le saisissait par les serres et le retenait. Ce genre de chasse donnait lieu à de solennelles cérémonies.

     Lorsque Coronado visita les Indiens pueblos, il trouva chez eux des aigles apprivoisés.

     Les plumes de l'aigle doré étaient très prisées. Elles servaient à faire des coiffures de guerre. Une traîne de douze d'aigle valait plus qu'un poney des plaines.

     Les plumes blanches avec l'extrémité noire étaient les plus appréciées. Elles décoraient souvent les scalps pris sur l’ennemi, les crinières des montures et les boucliers.

                                                                   
    Un indien ne pouvait porter une plume d'aigle que s'il avait tué un adversaire au combat, dans d'autres tribus, seulement s'il avait engagé le combat. Le nombre de plumes correspondait au nombre d’ennemis abattus ou de rencontres.

     Chez  les Chippeways, un homme qui  avait scalpé un ennemi avait droit à deux plumes. S’il avait délivré un prisonnier blessé,  il en recevait cinq.

     Certaines tribus utilisaient le duvet, les plumes des ailes et de la queue dans les sacrifices. Les Sioux en faisaient des éventails. Les plumes d’aile étaient les meilleures pour l’empennage des flèches.

     Les os des ailes de l'aigle servaient à faire des sifflets utilisés au cours des cérémonies, particulièrement pour la Sundance des Cheyennes. Les griffes avaient la réputation de porter bonheur.