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    June 13

    La parole des Chefs

     
    Peinture de Frithjof Schuon

    La puissance du verbe fascine les indiens
    Leur langue est portée
    par la force d’une nature omniprésente,
    les mots sont ciselés par le vent,
    les phrases s’imprègnent de l’odeur de la forêt.
    De leur rencontre avec le blanc,
    les chefs ont laissé des discours inoubliable
    ou se lit la grandeur de tout un peuple
    et l’inquiétude d’un avenir incertain.

     

    Khe-tha-a-hi, Eagle Wing, rend hommage au souvenir que l'Indien a laissé derrière lui.

    Mes frères les Indiens laisseront à jamais leur souvenir dans ce pays. Nous avons donné beaucoup de noms de notre langue à beaucoup de belles choses qui parleront toujours de nous. Le Minnehaha rira de nous, le Seneca brillera à notre image, le Mississippi murmurera nos peines. Le large Iowa, le rapide Dakota, le fertile Michigan chuchoteront nos noms au soleil qui les caresse. Le grondement du Niagara, le soupir de l'Illinois et le chant du Delaware feront résonner sans cesse notre Dta-wa-e [chant de la mort]. Se peut-il que vous entendiez ce chant éternel sans être émus? Nous n'avons commis qu'un seul péché: nous étions en possession de ce que l'homme blanc convoitait. Nous sommes partis vers le soleil couchant, abandonnant nos demeures à l'homme blanc.
    Mes frères, les légendes de mon peuple racontent comment un chef, conduisant les survivants de son peuple, traversa une grande rivière et piqua en terre le mât de son tipi en s'exclamant: «A-la-ba-ma !» Ce qui dans notre langue signifie: «Ici nous pouvons prendre du repos!» Mais il n'avait pas vu l'avenir. L'homme blanc est venu: lui et son peuple ne pouvaient rester là, ils furent chassés, poussés dans la boue d'un sombre marécage et massacrés. Le mot qu'il avait prononcé si tristement a donné le nom à un des Etats de l'homme blanc. Il n'est pas un coin sous ces étoiles pour nous sourire, où l'Indien puisse s'implanter et soupirer «A-la-ba-ma». Il se peut que Wakanda nous accorde une telle place. Mais il semble que ce ne sera qu'à son côté.

     

    Proverbe winnebago

    Notre Sainte Mère la Terre, les arbres et toute la nature sont les témoins de vos pensées et de vos actions.

     

    Chef indien au gouverneur de Pennsylvanie en 1976:

    Nous aimons la tranquillité, nous laissons la souris jouer en paix, quand les bois frémissent sous le vent, nous n'avons pas peur.

     

    Le chef Standing Bear fut l'un des premiers à s'inscrire à l'école indienne de Carlisle (Pennsylvanie), ouverte en 1879. Il fut instituteur, interprète et conférencier. Ses récits parlent des Lakotas, nom tribal des Tétons.

    Le lakota était rempli de compassion et d’amour pour la nature. Il aimait la terre et toutes les choses de la terre, et son  attachement grandissait avec l’age. Les vieillards étaient littéralement épris du sol et ne s’asseyaient ni ne se reposaient à même la terre sans le sentiment de s’approcher des forces maternelles. La terre était douce sous la peau et ils aimaient à ôter leurs mocassins et à marcher pieds nus sur la terre sacrée. Leurs tipis s’élevaient sur cette terre dont leurs autels étaient faits.
    L’oiseau qui volait dans les airs venait s’y reposer et la terre portait, sans défaillance, tout ce qui vivait et poussait. Le sol apaisait, fortifiait, lavait et guérissait.

    C’est pourquoi les vieux Indiens se tenaient à même le sol plutôt que de rester séparés des forces de la vie. S’asseoir ou s’allonger ainsi leur permettait de penser plus profondément, de sentir plus vivement, ils contemplaient alors avec une plus grande clarté les mystères de la vie et ils se sentaient plus proches de toutes les forces vivantes qui les entouraient.

    Ces relations qu’ils entretenaient avec tous les êtres sur la terre, dans le ciel ou au fond des rivières, étaient un des traits de leur existence. Ils avaient un sentiment de fraternité envers le monde des oiseaux et des animaux qui  leur gardaient leur confiance. La familiarité était si étroite entre certains  Lakotas et leurs amis à plume ou à  fourrure que, tels des frères, ils parlaient le même langage.

     

    Mato-Kuwapi, Chased-by-Bears, un Santee yanktonai, évoque la danse du soleil et l'idée de Wakan Tanka chez les Indiens. Au cours de cette danse, il entaillait le corps ou les membres des participants et y enfonçait des chevilles de bois auxquelles étaient fixées des longes reliées au poteau central de la danse du soleil.

    La danse du soleil est si sacrée pour nous que nous n'en parlons guère... La lacération des corps pour acquitter les vœux de la danse du soleil est différente de la lacération de la chair chez les gens dans le deuil. Le corps d'un homme est son bien et quand il donne son corps ou sa chair, il s'agit du don de la seule chose qui lui appartienne vraiment... Ainsi, si un homme promet un cheval à Wakan Tanka, il ne lui donne que ce qui appartient déjà. Je puis donner du tabac ou d'autres objets au cours d'une danse du soleil, mais si je garde le meilleur, qui pourra croire que je suis sincère? Pour montrer que mon être tout entier accompagne ces menus présents, je dois donner quelque chose qui m'est précieux. Pour cela je promets de donner mon corps.

    L'enfant croit que seule l'action d'une personne malveillante peut être cause de douleur, mais dans la danse du soleil nous reconnaissons d'abord la bonté de Wakan Tanka et nous supportons la douleur à cause de ce qu'il a fait pour nous. Jusqu'à ce jour je ne me suis jamais joint à aucune Église chrétienne. Ma vieille croyance, celle que j’ai toujours gardée, est encore avec moi.

    Quand un homme accomplit un travail que tous admirent, nous disons que c'est merveilleux. Mais quand nous voyons l'alternance du jour et de la nuit, le soleil, la lune, et les étoiles dans le ciel, et la suite des saisons sur la terre, avec les fruits qui mûrissent, nous devons tous y reconnaître l'œuvre d'un plus puissant que l'homme. Le plus grand de tous est le soleil sans lequel nous ne pourrions vivre.

    Nous nous adressons à Wakan Tanka et sommes sûrs qu'il nous entend, et pourtant il est difficile

    d'expliquer l'étendue de notre croyance. L'Indien croit en général qu'après la mort d'un homme, son esprit va quelque part sur la terre ou dans le ciel, nous ne savons exactement où, mais nous sommes sûrs que son esprit continue à vivre. Il y a eu des gens pour convenir ensemble qu'au cas où il serait possible à des esprits de parler à des hommes, ils se feraient reconnaître de leurs amis après leur mort, mais ils ne sont toujours pas venus nous parler, sauf, peut-être, dans nos rêves. Ainsi en est-il de Wakan Tanka. Nous croyons qu'il est partout, mais il est pour nous comme les esprits de nos amis dont nous ne pouvons entendre la voix.

     

                                                                              
    ­Crazy Horse, chef sioux oglala, était un mystique. Au printemps qui suivit l'anéan­tissement des troupes de Custer, il fut contraint par le général Miles de se rendre à Bighorn Mountains. Mis aux arrêts en 1877, il trouva la mort en tentant une évasion.

    Hommes blancs! On ne vous a pas demandé de venir ici. Le Grand Esprit nous a donné ce pays pour y vivre. Vous aviez le vôtre. Nous ne vous gênions nullement. Le Grand Esprit nous a donné une vaste terre pour y vivre, et des bisons, des daims, des antilopes et autres gibiers. Mais vous êtes venus et vous m'avez volé ma terre, vous tuez mon gibier, il devient alors dur pour nous de vivre. Maintenant, vous nous dites que pour vivre il nous faut travailler, or le Grand Esprit ne nous a pas faits pour travailler, mais pour vivre de la chasse.

    Vous autres, hommes blancs, vous pouvez travailler si vous le voulez. Nous ne vous gênons nullement, mais à nouveau vous nous dites: pourquoi ne devenez-vous pas civilisés? Nous ne voulons pas de votre civilisation! Nous voulons vivre comme le faisaient nos pères, et leurs pères avant eux.

     

    Pachgantschilhilas, né dans la première moitié du dix-huitième siècle, devint le chef de guerre de tous les Delawares résidant entre les rivières Miami et White dans le nord-est des États-Unis.

    J'admets qu'il y a de bons hommes blancs, mais leur nombre est sans comparaison avec celui des mauvais qui doivent être les plus forts puisqu'ils dominent. Ils font ce qui leur plaît. Ils asservissent ceux qui ne sont pas de leur couleur, bien qu'ils aient été créés par le même Grand Esprit que nous. Ils feraient de nous des esclaves s'ils le pouvaient. Comme ils n'y parviennent pas, ils nous tuent! Aucune foi ne peut être accordée à leur parole. Ils ne sont pas comme les Indiens qui, ennemis pendant la guerre seulement, sont amis en temps de paix. Ils diront à l'Indien: « Mon ami, mon frère! ». Ils lui prendront la main et, au même instant, le détruiront.

     

    Tecumseh, Shooting Star, chef de guerre shawnee, organisa la seconde grande fédération indienne et fut fait brigadier général de l'armée anglaise durant la guerre de 1812. Aux termes d'un traité passé à Fort Wayne en 1809, les Indiens cédèrent de vastes terres au gouvernement américain, à son insu. En 1810, il rencontra le gouverneur du territoire de l'Indiana, qui avait représenté les Etats-Unis lors du traité de 1809. Tecumseh nia la validité de l'acquisition de la terre.

    La manière, la seule manière d'enrayer et d'arrêter cette calamité, c'est que tous les hommes rouges s'unissent pour revendiquer un droit commun et égal sur cette terre, comme par le passé, et ainsi qu'il devrait en être aujourd'hui, parce que jamais elle ne fut divisée dans le passé et qu'elle appartient à tous pour l'usage de chacun. Personne n'a le droit d'en vendre la moindre parcelle, pas même à tel ou tel d'entre nous et encore moins à ces étrangers, qui veulent tout et ne transigeront jamais.

    Les Blancs n'ont aucun droit sur la terre des Indiens, ils l'habitaient les premiers, c'est leur terre... Il ne peut y avoir deux occupants pour un même territoire. Le premier exclut tous les autres. Il n'en est pas de même lorsqu'on chasse ou qu'on voyage, puisqu'un même sol peut servir à beaucoup... Mais le campement est fixe... il appartient de droit au premier qui s'assied sur la couverture ou sur la peau qu'il a déployée sur le sol et cela, jusqu'à ce qu'il le quitte.

     


    Sitting Bull
    s'est rendu à Fort Buford, au Canada, en 1811, « sous promesse d'amnistie », et fut plus tard envoyé à l'agence de Standing Rock où vivait la presque totalité de son peuple.

    Quel traité le Blanc a-t-il respecté que l'homme rouge ait rompu? Aucun. Quel traité l'homme blanc a-t-il jamais passé avec nous et respecté après ? Aucun. Quand j'étais enfant, les Sioux étaient maîtres du monde, le soleil se levait et se couchait sur leurs terres. Ils menaient dix mille hommes au combat. Où sont les guerriers aujourd'hui? Qui les a exterminés? Où sont nos terres? Qui les pille? Quel homme blanc peut dire que je lui ai volé sa terre ou un seul de ses sous? Pourtant, ils disent que je suis un voleur.





     


     

    En août 1877, Geronimo et sa bande se sont rendus pour la dernière fois,  ils furent déportés en captivité et finalement installés dans une réserve à Fort sill dans l'Oklahoma. C'est de là que Geronimo demanda au président l'autorisation de retourner dans son pays d'origine avant de mourir.

    Pendant vingt années nous avons été retenus prisonniers aux termes d'un traité passé avec le général Miles pour le gouvernement des États-Unis et moi ­même comme représentant des Apaches. Ce traité n'a pas toujours été scrupuleusement observé par le gouvernement, même si en ce moment ce dernier s'y conforme davantage. Dans le traité avec le général Miles, nous avions accepté d'aller dans un endroit en dehors de l'Arizona et d'apprendre à vivre comme le font les hommes blancs. Je pense que mon peuple est maintenant capable de vivre en accord avec les lois des États-Unis, et, bien sûr, nous aimerions avoir la liberté de retourner dans cette terre qui est la nôtre de droit divin. Notre nombre est réduit et nous avons appris à cultiver le sol,  nous n'avons pas besoin d'autant de terre qu'auparavant. Nous ne réclamons pas la totalité de ce que le Tout-Puissant nous donna au début, mais juste d'avoir suffisamment de terre à cultiver. Nous serons contents de cultiver le surplus pour les hommes blancs.

    Nous nous tenons maintenant sur les terres Comanches et kiowas, qui ne correspondent pas à nos besoins... Notre peuple décroît en nombre ici, et continuera à décroître s'il n'est pas autorisé à retourner dans son pays natal...

     

      

    Peinture de Frithjof Schuon